Ancienne championne de Linux, revenue chez Microsoft en 2017, la capitale bavaroise refait le pari du logiciel libre. Mais cette fois, elle a changé de méthode. Décryptage d’un retour qui pourrait bien inspirer les entreprises.
Le retour d'une pionnière
La nouvelle a été partagée mi-octobre 2026 à Prague, sur la scène de l’Open Source Summit Europe : Munich, troisième ville d’Allemagne, réinvestit l’open source. C’est sa directrice du numérique, Laura Dornheim, qui l’a annoncé.
Surprise : les postes de travail des agents resteront, pour l’instant, sous Windows. La ville préfère concentrer ses efforts sur les coulisses de son système d’information, là où le gain est le plus évident.
Ce qui change concrètement
Trois outils très répandus en entreprise sont en train d’être remplacés par des équivalents libres :
- côté virtualisation, Proxmox prend la relève de VMware ;
- pour la gestion de projet et la documentation, OpenProject et XWiki succèdent à Jira et Confluence ;
- pour les bases de données, PostgreSQL vient remplacer Oracle.
Le bénéfice attendu est loin d’être anecdotique : environ 1,5 million d’euros d’économies par an.
Il y a vingt ans, un premier essai
Munich n’en est pas à son coup d’essai. Au début des années 2000, la ville avait développé son propre système Linux, baptisé LiMux, jusqu’à équiper près de 15 000 ordinateurs. Une réussite technique et financière, saluée par la Commission européenne, qui a estimé les économies réalisées à environ 11 millions d’euros.
Pourtant, quelques années après un changement de majorité municipale, Munich a fait machine arrière et réinstallé Windows sur ses postes. Selon sa directrice du numérique, le projet n’a pas buté sur la technique : il lui a surtout manqué un soutien politique dans la durée.
Selon Laura Dornheim, ce revirement était avant tout un choix politique : la nouvelle majorité avait alors obtenu que Munich accueille le siège allemand de Microsoft. Le retour en arrière a d’ailleurs pris du temps : décidé en 2017, il ne s’est achevé côté bureautique qu’en 2023, avec le passage de LibreOffice à Microsoft Office.
Une stratégie repensée
Cette fois, la ville a tiré les leçons du passé. Plutôt qu’un grand basculement d’un coup, elle avance outil par outil, là où l’open source fait sens. Elle s’est dotée en 2024 d’une équipe dédiée et défend un principe simple : un logiciel financé avec de l’argent public doit pouvoir profiter à tous.
Sa démarche repose sur trois piliers : utiliser des logiciels libres existants, les améliorer, et publier ceux qu’elle développe elle-même.
Munich ne se contente plus d’utiliser des logiciels libres, elle en crée et les partage. Son outil d’analyse de la circulation a déjà séduit une autre ville allemande, Wolfsburg. Ses équipes disposent aussi d’un assistant d’IA maison pour les aider à rédiger leurs e-mails.
La ville va même plus loin : avec son programme « Open Source Sabbatical », elle finance des développeurs pour qu’ils améliorent des logiciels libres utilisés dans ses services. Sa directrice du numérique aimerait d’ailleurs que ces collaborations entre collectivités soient organisées à l’échelle de tout le secteur public, plutôt que de dépendre du hasard.
Enfin, la question du respect du RGPD dans le cloud a pesé dans la balance : sans garanties suffisantes, utiliser certains services cloud américains aurait imposé un contrôle très strict des usages.
Et pour les entreprises ?
L’exemple munichois parle bien au-delà du secteur public. Il rappelle quelques bonnes pratiques :
- Procéder par étapes. Changer un outil à la fois limite les risques et facilite l’adhésion des équipes.
- Mesurer les gains. Des économies chiffrées sont le meilleur argument pour convaincre en interne. C’est la stratégie de Munich : relier l’open source à ce qui parle aux décideurs, comme le budget et la qualité du service rendu.
- Impliquer la direction. Une transformation IT ne tient dans le temps que si elle est portée au plus haut niveau.
- Garder la main. Moins dépendre d’un seul éditeur, c’est mieux maîtriser ses coûts, ses données et sa conformité.
Le bon outil, au bon moment
Passer à l’open source n’est pas une fin en soi. L’essentiel est de choisir, pour chaque brique de son système d’information, la solution la plus adaptée à ses besoins, à son budget et à ses contraintes.